"Joindre un budget prévisionnel." C'est souvent la ligne du formulaire que beaucoup d'entre nous n'aiment pas trop, si tant est qu'on puisse aimer remplir un dossier de demande d'aide...
Mais le truc, c'est que ce document a l'air plus technique qu'il ne l'est vraiment. Ce n'est vraiment pas de la comptabilité hardcore. C'est une liste de choses qui amène à voir ce que le projet coûte et de comment tu le finances. Deux colonnes, un total qui s'équilibre. C'est tout.
Ce n'est pas un bilan comptable. Ce n'est pas un document fiscal. Concrètement, c'est un tableau avec deux colonnes. À gauche, les dépenses. À droite, les recettes. Et le total des deux doit être égal. C'est tout.
Pas besoin de logiciel spécial. Un tableur suffit. La forme est libre, c'est le contenu qui compte.
Pour un projet entre 2 000 € et 8 000 € - un EP, un spectacle en création, un clip - les mêmes postes reviennent presque toujours :
1. Cachets artistes et techniciens. C'est souvent le poste le plus lourd. En France, un artiste interprète doit être rémunéré en cachet avec un contrat de travail (CDDU), pas sur facture. Le minimum conventionnel pour un musicien accompagnateur est autour de 177 € brut par jour (convention collective 2024).
2. Location ou frais techniques. Studio d'enregistrement, salle de répétition, location de matériel. Si quelqu'un te prête un lieu ou du matériel, ça se chiffre quand même - c'est ce qu'on appelle une "valorisation" (on y revient plus bas).
3. Déplacements et hébergement. Transports et logement si tu joues loin de la maison.
4. Communication. Affiches, flyers, publicité/promotion en ligne, captation photo ou vidéo.
5. Frais administratifs et divers. Assurances, droits d'auteur (SACEM), frais de gestion si tu passes par une structure.
Ton projet n'a peut-être pas tous ces postes. Ou il en a d'autres. L'important, c'est que chaque euro prévu soit quelque part dans la liste.
En face des dépenses, les recettes. C'est là que beaucoup bloquent : "je n'ai pas de recettes, justement, c'est pour ça que je demande une aide."
Sauf que les recettes dans un budget prévisionnel, c'est plus large que ce qu'on imagine :
Le total des recettes doit être égal au total des dépenses. C'est la règle de base - un budget prévisionnel est toujours équilibré.
Les commissions d'attribution voient passer des centaines de dossiers. Certaines erreurs reviennent souvent :
Le budget flou. "Divers : 2 000 €" en face du poste le plus important. Ça donne l'impression que le projet n'est pas maîtrisé. Mieux vaut détailler : "location studio 3 jours × 300 €/jour = 900 €".
Les recettes gonflées. Prévoir 3 000 € de billetterie pour un premier spectacle sans historique de vente, c'est un signal d'alarme. Mieux vaut être modeste et crédible.
L'artiste qui ne se paye pas. Ça paraît contre-intuitif, mais ne pas inclure ta propre rémunération peut disqualifier ton dossier. Les organismes veulent voir que le projet rémunère les gens qui y travaillent - toi compris.
La facture au lieu du cachet. En France, tout artiste interprète doit être rémunéré en cachet (contrat CDDU), pas sur facture. C'est la loi (présomption de salariat). Un budget qui prévoit des factures pour des musiciens, c'est un budget qui ne passera pas.
Le budget déconnecté du projet. Si tu demandes 5 000 € pour un clip mais que ton budget ne mentionne ni réalisateur, ni monteur, ni matériel de tournage - ça se voit. Le budget doit raconter la même histoire que le dossier artistique.
Ouvre un tableur. Crée deux colonnes : DÉPENSES et RECETTES.
Commence par les dépenses - c'est plus facile parce que tu sais ce dont tu as besoin. Liste tout ce que ton projet nécessite, même approximativement. Tu affineras les chiffres ensuite en cherchant des devis ou des tarifs de référence.
Ensuite, passe aux recettes. Mets ton apport personnel, estime les recettes (prudemment), ajoute les aides que tu vas demander. Ajuste jusqu'à l'équilibre.
La première version sera bancale - c'est normal, ça se reprend. L'important c'est d'en avoir une sous les yeux.
Et si tu ne sais pas quelles aides demander ni à combien les chiffrer dans tes recettes, il y a un outil qui aide à repérer les financements adaptés à ta situation. Utile avant de remplir la colonne de droite.
Un budget prévisionnel, c'est pas un examen de compta. C'est ton projet posé en chiffres. Si tu sais combien il coûte et comment tu comptes le financer, le plus gros est fait.
Les dates limites de printemps arrivent - la SPEDIDAM a une commission fin mai (dépôt avant le 15 avril), et la Région Île-de-France ouvre sa 2e session de dépôt le 4 mai. Si tu as un projet en cours, c'est le moment de poser ces deux colonnes.
Sources : ARTCENA - Le budget prévisionnel · À Contretemps - Construire un budget prévisionnel · Proxima Centauri - 7 erreurs subventions